De la commémoration à la mémoire | BDSphère

Du jasmin : un peu de poésie dans cette putain de guerre.

Turcos, le jasmin et la boue s’ajoute aux albums déjà nombreux qui traitent de la Première guerre mondiale. Mais cette fois-ci, en s’appuyant sur les parcours de l’arrière grand-père et de l’arrière grand-oncle de Kamel Mouellef, aidé au scénario par Tarek (le scénariste de Arthur Benton), les auteurs retracent dans une fiction le rôle joué par les tirailleurs algériens dans cette boucherie. La narration pédagogique alterne entre l’énoncé de faits historiques et l’histoire personnelle et imaginaire des deux soldats, à laquelle s’ajoute à la fin du volume un dossier documenté bien fait sur ce qu’on appelle “les turcos”, au départ les tirailleurs algériens désignés sous ce surnom depuis la guerre de Crimée (1854-1856), auxquels se sont rattachés ensuite les tirailleurs tunisiens. Le dessin et surtout les couleurs de Batist Payen donnent la force à ce récit de facture classique, mis en valeur par une préface de l’écrivain Yasmina Khadra sur le rôle de la mémoire. Qu’est-ce que la mémoire ? “Simplement la preuve que nous n’avons jamais rien compris à la chance d’être en vie, à la chance d’aimer et d’être aimés.” Une leçon d’humanité.

Lucie Servin

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