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Archives Mensuelles: juin 2012

Nous avons beaucoup apprécié cet album et nous le recommandons très fortement à la lecture des jeunes de la fin de l’école primaire et du collège ; toutefois notre regard critique s’est arrêté sur quelques points qui nous chagrinent. Il nous a semblé utile de les signaler pour le lecteur adulte, car celui-ci doit pouvoir distinguer les faits historiques des informations fictives lorsqu’un ouvrage se dit « basé sur une histoire vraie ». Ce livre reconstitue la vie d’Alouache Ahmed Said Ben Hadj né en 1884 dans l’ouest algérien ; les pages documentaires affirment qu’il est incorporé en 1912 lors de la levée des premiers appelés indigènes. C’est le gouvernement de Clémenceau qui met en place cette mesure de conscription où ne sont appelés qu’une faible partie du contingent (il y a tirage au sort en Algérie alors qu’en métropole, le système des bons et mauvais numéros a disparu depuis environ un quart de siècle). Les Européens d’Afrique du nord s’opposent à cette décision qui est perçue comme une menace d’acquisition de la citoyenneté par les musulmans. Toutefois une recherche, que nous a communiquée l’auteur à notre demande devant certaines interrogations que nous avions, révèle que né en 1884 (comme il est dit dans le livre) il s’engage en fait en 1905 et participe à la conquête du Maroc. Sa fiche sur le site des morts pour la France, avec pour nom de famille Alouache, est à memoire des hommes
Le régiment d’Alouache est composé de “turcos“, cette qualification remonte à la guerre de Crimée et provient des Russes car l’uniforme des tirailleurs algériens rappelaient aux soldats tzaristes celui des armées ottomanes avec qui ils s’étaient plusieurs fois affrontés. Composés au départ d’hommes de troupes levées en Algérie, les Turcos s’enrichirent par la suite de soldats provenant de Tunisie.
Le narrateur est Slimane, un caporal, qui au début 1919 retrace sa participation et celle de son camarade aux combats de la Première Guerre mondiale sur le front occidental depuis leur arrivée au front début septembre 1914 pour participer à la bataille de la Marne jusqu’au décès d’Alouache. Ce premier épisode de la Grande Guerre est l’occasion de dessiner Joffre en le précisant et Gallieni sans en informer le lecteur. Le détachement part en suite combattre au bois triangulaire (il aurait été utile de faire comprendre que l’on se trouvait là aux limites de la Somme et du Pas-de-Calais), puis successivement aux environs d’Ypres, de Nieuport, Vimy (en Artois), sur la butte de Souain (présentée par erreur comme la butte de Soudains, ce qui est fort regrettable car les quatre caporaux de Souain sont les fusillés pour l’exemple les plus connus) et dans le bois Sabot (à l’est de Reims), pour “une grande offensive“ à une date et lieu indéterminés (il s’agit très vraisemblablement de l’offensive Nivelle), de Verdun, de Compiègne et de Soissons. C’est au hameau de Tigny (commune de Parcy-et-Tigny) au sud de Soissons, lors du début des offensives successives qui vont conduire au recul général de l’armée allemande, qu’il est blessé et il décède le 20 juillet 1918 ; il est alors sergent au 11e régiment de tirailleurs algériens. Une anecdote sans grand intérêt dans la zone française des armées en 1916 (donc à une distance raisonnable du front) permet de croquer la ville de Laon (il s’agit d’un anachronisme car la cité est aux mains des Allemands durant quasiment tout le conflit). La vie dans les tranchées est bien décrite dans ses aspects quotidiens et pour ses dangers (comme l’attaque aux gaz).

Sans insister sur la dimension morbide du récit, les auteurs rendent celle-ci à travers quelques vignettes (comme avec ce corps putréfié dans des barbelés) ; la lecture de cet album ne devrait pas se traduire par des cauchemars chez les plus jeunes de ses lecteurs (il convient à des jeunes d’au moins neuf ans et à des adultes). L’aviation est présente, par contre on ne découvre aucun char alors que leur rôle compte beaucoup à la fin du conflit. Le dessinateur a fait le choix d’un décor non fouillé afin de mieux centrer le lecteur sur le devenir des personnages, la dominante pastel aide à porter la dimension du souvenir immédiat chez le narrateur et historique pour celui qui découvre l’album.

Si une phrase met en avant le fait que les troupes indigènes auraient pu être mises volontairement plus en danger que les soldats métropolitains, l’idée n’est pas développée dans une perspective hagiographique et l’hommage final concerne tous les combattants des deux camps. Le regard porté par les tirailleurs sur ce conflit d’Européens permet de mieux percevoir à la fois la dimension de haine et de férocité qui animent les ennemis respectifs, la perte de repères des troupes indigènes et le discours intégratif à la nation française qui leur est adressé dans cette période (alors qu’ils ne bénéficient pas du statut de citoyen). Quelques pages documentaires complètent les pages de BD, les illustrations sont très intéressantes pour un public de jeunes lecteurs. Le blog autour de cette BD http://turcos-bd.blogspot.fr/ apporte quelques informations complémentaires. Il est à noter que cet album avait été sélectionné par le jury présidé par Eva Joly pour l’attribution possible du prix Tournesol 2012 décerné par les écologistes français et belges en marge du festival de BD d’Angoulême. Se termine fin juin 2012 la présentation de nombreuses planches originales de Turcos, le jasmin et la boue à la médiathèque de l’université Rennes II, dans le cadre de l’expositionL’Algérie en images motivée par l’année de l’Algérie.

Dans la vision dans les journaux pour enfants de l’époque des troupes coloniales, il faut distinguer le discours tenu sur celles dites de la Force noire de celui se rapportant aux troupes levées dans le Maghreb. Notre album n’évoquant que les secondes, nous restreignons notre discours à celles-ci. Le recrutement ne se fait pas sans difficulté, même si ce sont un peu plus de 600 000 soldats de l’ensemble des colonies qui furent mobilisés, et cela transparaît ponctuellement (et de manière déguisée) dans ce type de presse. Le héros pour l’ensemble des numéros des Trois Couleurs est Berlinier (notons au passage la forme approchée de “berliner“). Pour l’exemplaire du 10 octobre 1918, ce dernier part en mission au Maroc et « procéda à l’embarquement. Ce fut assez long car, si la plupart des Marocains sont assez disciplinés pour monter à bord sans récriminations, quelques-uns d’entre eux qu’un voyage en mer effrayait faisaient toutes sortes de difficulté. Mais Berlinier, avec l’aide de quelques hommes de la prévôté, employa des arguments sans réplique ». Durant la Belle Époque et ensuite dans les Années folles (marquées à leur début par la Guerre du Rif) les personnages arabes sont généralement fourbes et cruels dans les journaux pour les jeunes. Toutefois dans la presse pour les jeunes entre 1915 et 1920 ces derniers voient leur ruse et leur combativité valorisées. Les comparaisons renvoient à une dimension parfois animale car la ruse est celle du renard et la force celle du lion et ils sont là pour mettre les soldats allemands dans des positions humiliantes ou leur faire subir des tortures auxquelles un Français de métropole ne pourrait se résoudre, pour également aller en utilisant des armes blanches dans la tranchées adverse la nuit afin de faire des prisonniers ramenés pour obtenir des informations. Dans leur rôle de vengeur des populations civiles et militaires de métropole et de terreur des troupes allemandes, ils remplacent progressivement les Russes au fur et à mesure que ces derniers enregistrent des échecs sur le front est.

Alain CHIRON

Tarek ; Baptist Payen ; Kamel Mouellef. Turcos, le jasmin et la boue. Tartamudo, 2011. 14 euros. ISBN 978-2-91086-793-3. 64 pages. À partir de neuf ans.

(Source : Turcos, le jasmin et la boue : une BD autour de la participation des troupes d’Afrique du Nord au combat | Ceux de 14)

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Les Turcos ou « marche des tirailleurs » mais cette marche n’a rien à voir avec les tirailleurs sénégalais. Les paroles de cette marche sont attribuées à Paul Déroulède et sa musique fut harmonisée par François Menichetti du 13ème Régiment de Tirailleurs Algériens en 1929. Elle relate un exploit des « Turcos »(Tirailleurs Algériens) à Froeschwiller le 6 août 1870. Les tirailleurs du 2èmeRégiment de Tirailleurs Algériens chargèrent les canons prussiens et furent anéanti à 90%.

Interprétation : Adolphe Maréchal , anthologie de la chanson française enregistrée 1900-1920 , la chanson patriotique

Six canons balayaient la plaine,
Crachant la mort sur nos lignards.
 » Mes enfants, dit le Capitaine,
Faites-moi taire ces braillards « .
Cette réplique étant très nette,
Les Turcos froncent les sourcils,
Et puis au bout de leur fusil,
Ils ajustent leur baïonnette.

Les Turcos, les Turcos sont de bons enfants
Les Turcos, les Turcos sont de bons enfants
Mais ils ne faut pas qu’on les em…
Sans cela la chose est certaine
Les Turcos deviennent méchants.
Ca n’empêch pas les sentiments,
Les Turcos sont de bons enfants.

Les Turcos sont au moins cinquante
Et ces héros sont beaux à voir.
En mourant leur bouche plaisante:
Les Turcos sont des Français noirs.
Ils sautent dans l’herbe sanglante,
Allah ! ils grimpent à l’assaut,
Et quand ils arrivent en haut,
Les Turcos ne sont plus que trente.

Alors sans tambour ni trompette,
On voit bondir nos tirailleurs,
En un moment la place est nette,
Il ne reste plus d’artilleurs.
Et quand ils cessent de se battre,
Les six canons se trouvent pris.
Mais eux tout sanglants et meurtris
Les Turcos ne sont plus que quatre

J’ai lu avec la plus grande attention votre volume intitulé « Turcos le jasmin et la boue ». Le sujet n’était pas facile mais vous avez parfaitement bien raconté et dessiné la vie des tirailleurs algériens pendant la première guerre mondiale. Le livre présenté dans une vitrine de libraires à Poitiers a d’autant plus attiré mon attention que mon grand-oncle, Paul Robert, a débuté sa carrière en 1913 après engagement comme tirailleur de seconde classe au troisième régiment de tirailleurs, à Bone à l’époque, maintenant Annaba.
Je possède une photographie de lui, prise pendant la guerre de 14-18. C’est vers la fin de la guerre car il porte une barrette que j’ai du mal à identifier. Pendant ces quatre années de guerre il a  successivement obtenu tous les grades d’hommes du rang et de sous-officiers pour terminer comme sous-lieutenant (évidemment il était métropolitain !). Sur la photographie on ne peut pas vraiment distinguer entre la barrette d’adjudant et celle de sous-lieutenant.
Lorsque je suis allé à Annaba, j’ai recherché où se trouvait la caserne du troisième régiment de tirailleurs algériens. Elle a pratiquement entièrement disparu sauf un bâtiment mais j’ai retrouvé dans l’hôtel où je logeais, un algérien dont le grand-père avait également servi comme homme du rang, exactement comme le héros de votre livre pendant la guerre de 14. Nous avons imaginé que son grand-père et mon grand-oncle avait pris le même train pour rejoindre le front de la Somme. Malheureusement le grand-père algérien a été tué en 1914 et il est enterré dans un cimetière militaire près d’Amiens . Je vais signalé à ce monsieur l’existence de votre livre et s’il le souhaite, je le lui enverrai.
La partie documentaire et iconographique est également très intéressante. Maintenant, quand je vois des photos ou des cartes postales des tirailleurs algériens, je-les  achète systématiquement. J’ai eu beaucoup de plaisir à vous lire et regarder les dessins. Mon grand-oncle a malheureusement fini sa carrière militaire en Indochine où il commandait la subdivision de Lang Son avec le grade de colonel. Il a été victime du coup de force japonais du 9 mars 1945. Son corps n’a jamais été retrouvé, il n’a pas de sépulture.
Michel Bussière

Bonjour Tarek,
Bravo tout d’abord pour cette magnifique BD et très heureux que nos chemins se croisent à cette occasion.
Je m’intéresse aux Tirailleurs Algériens depuis que j’ai découvert à force de recherches qu’ils avaient défendu en 1940 le village familiale dans l’Aisne : http://dvole.free.fr/quierzy/q4.htm
Je cherche depuis à faire reconnaître leur combat et nous avons maintenant des communes qui nous suivent : une première plaque commémorative a été posée en 2011 ! Il n’y a avait rien avant. C’est vrai que le sujet 1940 n’est pas facile non plus : http://dvole.free.fr/manicamp/m050611.html
Voilà nous menons quelque part le même combat pour des raisons différentes, avec des moyens différents mais le but est le même. Donc merci aussi.
Bravo encore et à bientôt j’espère !
Denis VOLE
18e RTA 1940

Je lève le doigt à coté de ceux qui dressent le poing. Où comment poser la question nègre sans insulter personne ! Et ma mère s’étonne quand ma verve détonne sans déteindre à propos de ma race ordurière et pas peu fière. Ma blanchitude s’autorise tant de certitudes légitimées par une vision éthno-centrée. En conséquence de quoi et je pourrais le dire en patois mon héritage français a franchement besoin d’être défrancisé. C’est qu’on n’est pas aidé. Y a qu’à feuilleter nos manuels scolaires pour apprécier le déni volontaire à la faveur d’un paternalisme ordinaire. Il était une fois l’Histoire glorieuse de conquêtes au son creux des trompettes, au sens crasseux et malhonnête. Le projet colonial écorne les pages mais pas la morale au chapitre mission civilisatrice, nous dit l’institutrice. De quoi nous en rendre compte au musée des Arts primitifs, massacrés et disparues. De quoi en être convaincu ! A force de lectures et calculs révisés, à force d’avoir été trompée, je peine à réciter l’horreur philanthropique, à dénombrer les mystificateurs nostalgiques. Alors je trace le contraste entre ma honte et leur orgueil, le compas dans l’œil. Encerclée par des archives sous scellés. Sans chercher à être pardonnée quand ils refusent de s’excuser. Et rien n’est réglé ni ne peut être comblé par un pont, une route ou toute infrastructure servant au fin fond à dépouilleur leurs minerais et culture. Africa is future. A la grâce de ceux qui se dédouanent de tout exporter à grand renfort d’argument d’autorité et de circonstance. Ma douce France, bienfaitrice et positiviste qui se donne la responsabilité d’exproprier et tout diriger. Au nom d’une pure rationalité empirique déguisée en le pire des prétextes d’utilité publique. Qui l’objecte et jette la craie, n’a rien compris à la modernité, m’explique pépé. Et ça se complique quand il n’est pas perplexe face aux réflexes, aux révérences faites au blanc. Quand l’ignorance a du bon. Y a bon patron ! Ça en fera toujours marrer et combien s’en réclame jusqu’à l’illustrer sur bandes dessinées ou avec une banane. Ça se déguste comme des coups de ceinture sur le buste, comme le goût d’une indépendance de mauvaise facture. Il a suffit de la troquer contre un drapeau, une carte d’identité et des héros exécutés. Tout ça dans un parfait accord paraphé avec nos stylos tricolores. On apprécie le savoir-faire et le tracé des frontières fait à l’équerre. A la croisée de leur intérêt se dessine un modèle économique inédit avec ou sans conflit ; un remix entre libre échange et parti unique. Vivent les dynasties démocratiques. Ça donne une idée de la souveraineté toujours sous tutelle généreuse, mon général. Ça mesure et sonde la stabilité au nombre d’ONG déployées. Difficile de se satisfaire d’un revers progressiste aux bons sentiments universalistes. Du coup, je les écoute sans gène chanter l’unité africaine en réponse aux afro-pessimistes. Voir j’insiste et réplique avec un hymne à la joie pédagogique. Je cherche l’embrouille à l’envie et innove avec une ratatouille au curry.

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